"Boarding Gate" ou l'issue par le haut

Publié le par Himmelweg

L'assassinat, en 2005, du banquier Edouard Stern, gestionnaire de fonds d'investissement à Genève, est le point de départ d'un scénario de film d'Olivier Assayas: "Boarding Gate". E. Stern a été retrouvé troué de quatre balles de révolver, en mars 2005, dans son appartement. Il était ligoté et vêtu d'une combinaison "intégrale" en latex couleur chair. Une vie tumultueuse - organisée par la passion des armes à feu, la chasse, les prostituées, une sexualité soutenue par des fantasmes sado-masochistes et les manipulations de fonds d'investissement - prend fin par le geste meurtrier de Cécile Brossard (une prostituée endettée qui dit, via son avocat, avoir été très amoureuse de Stern et particulièrement manipulée et humiliée par lui).

Stern est un patronyme qui est loin d'être anodin, ce qui n'a pas été repris par Olivier Assayas et on peut en comprendre la raison. O. Assayas oriente donc le scénario vers la Chine, en particulier Hong Kong, haut lieu des divers trafics et d'un cinéma particulièrement actif (John Woo, Ang Lee, Maggie Cheung, Wong Kar Waï, Christopher Doyle ...).

Le film est traité, par une partie de la critique cinématographique, comme un "polar chic et esthétique", l'autre partie le jugeant ennuyeux et plat.

Néanmoins, le film traite d'une question qui n'est pas mince: l'aliénation et la culture de l'aliénation.

La civilisation construite par les hommes et leur mode de jouissance phallique est fondamentalement aliénante: esclavages divers, violences, perversions et les autres choses dont l'exclusion de l'amour et la défaillance du désir du maître.

Dans ce cadre aliénant, la pulsion sexuelle (articulée de tout temps à la chasse) est spécialement meurtrière: posséder et détruire l'autre.

La grande intelligence d'Olivier Assayas c'est de montrer la naissance de l'amour dans le moment même de la suspension du geste meurtrier. La porte de sortie de l'aliénation s'ouvre dans ce moment précis qui relève d'un temps spécial: l'interdit du meurtre ouvre la possibilité du visage - et c'est là, précisément, où prend sens ce que veut dire le voyage: aller vers soi pour découvrir l'autre.

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Publié dans Voyage

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